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Publié par Abdoullatif

RG 1La suite de la Mândûkya Upanishad se rapporte à la correspondance du monosyllabe sacré Om et de ses éléments (mâtrâs) avec Âtmâ et ses conditions (pâdas) ; elle indique, d’une part, les raisons symboliques de cette correspondance, et, d’autre part, les effets de la méditation, portant à la fois sur le symbole et sur ce qu’il représente, c’est-à-dire sur Om et sur Âtmâ, le premier jouant le rôle de « support » pour obtenir la connaissance du second. Nous allons maintenant donner la traduction de cette dernière partie du texte ; mais il ne nous sera pas possible de l’accompagner d’un commentaire complet, qui nous éloignerait trop du sujet de la présente étude.

 

« Cet Âtmâ est représenté par la syllabe (par excellence) Om, qui à son tour est représentée par des caractères (mâtrâs), (de telle sorte que) les conditions (d’Âtmâ) sont les mâtrâs (d’Om), et (inversement) les mâtrâs (d’Om) sont les conditions (d’Âtmâ) : ce sont A, U et M. Vaishwânara, dont le siège est dans l’état de veille, est (représenté par) A, la première mâtrâ, parce qu’elle est la connexion (âpti, de tous les sons, le son primordial A, celui qui est émis par les organes de la parole dans leur position naturelle, étant comme immanent dans tous les autres, qui en sont des modifications diverses et qui s’unifient en lui, de même que Vaishwânara est présent dans toutes les choses du monde sensible et en fait l’unité), aussi bien que parce qu’elle est le commencement (âdi, à la fois de l’alphabet et du monosyllabe Om, comme Vaishwânara est la première des conditions d’Âtmâ et la base à partir de laquelle, pour l’être humain, doit s’accomplir la réalisation métaphysique). Celui qui connaît ceci obtient en vérité (la réalisation de) tous ses désirs (puisque, par son identification avec Vaishwânara, tous les objets sensibles deviennent dépendants de lui et partie intégrante de son propre être), et il devient le premier (dans le domaine de Vaishwânara ou de Virâj, dont il se fait le centre en vertu de cette connaissance même et par l’identification qu’elle implique lorsqu’elle est pleinement effective).

 

Taijasa, dont le siège est dans l’état de rêve, est (représenté par) U, la seconde mâtra, parce qu’elle est l’élévation (utkarsha, du son à partir de sa modalité première, comme l’état subtil est, dans la manifestation formelle, d’un ordre plus élevé que l’état grossier), aussi bien que parce qu’elle participe des deux (ubhaya, c’est-à-dire que, par sa nature et par sa position, elle est intermédiaire entre les deux éléments extrêmes du monosyllabe Om, de même que l’état de rêve est intermédiaire, sandhyâ, entre la veille et le sommeil profond). Celui qui connaît ceci avance en vérité dans la voie de la Connaissance (par son identification avec Hiranyagarbha), et (étant ainsi illuminé) il est en harmonie (samâna, avec toutes choses, car il envisage l’Univers manifesté comme la production de sa propre connaissance, qui ne peut être séparée de lui-même), et aucun de ses descendants (au sens de « postérité spirituelle ») (1) ne sera ignorant de Brahma.

 

Prâjna, dont le siège est dans l’état de sommeil profond, est (représenté par) M, la troisième mâtrâ, parce qu’elle est la mesure (miti, des deux autres mâtrâs, comme, dans un rapport mathématique, le dénominateur est la mesure du numérateur), aussi bien que parce qu’elle est l’aboutissement (du monosyllabe Om, considéré comme renfermant la synthèse de tous les sons, et de même le non-manifesté contient, synthétiquement et en principe, tout le manifesté avec ses divers modes possibles, et celui-ci peut être considéré comme rentrant dans le non-manifesté, dont il ne s’est jamais distingué que d’une façon contingente et transitoire : la cause première est en même temps la cause finale, et la fin est nécessairement identique au principe) (2). Celui qui connaît ceci mesure en vérité ce tout (c’est-à-dire l’ensemble des « trois mondes » ou des différents degrés de l’Existence universelle, dont l’Être pur est le « déterminant ») (3), et il devient l’aboutissement (de toutes choses, par la concentration dans son propre Soi ou sa personnalité, où se retrouvent, « transformés » en possibilités permanentes, tous les états de manifestation de son être) (4).

 

Le Quatrième est « non-caractérisé » (amâtra, donc inconditionné) ; il est non-agissant (avyavahârya), sans aucune trace du développement de la manifestation (prapancha-upashama), toute Béatitude et sans dualité (Shiva Adwaita) : cela est Omkâra (le monosyllabe sacré considéré indépendamment de ses mâtrâs), cela assurément est Âtmâ (en Soi, en dehors et indépendamment de toute condition ou détermination quelconque, y compris la détermination principielle qui est l’Être même). Celui qui connaît ceci entre en vérité dans son propre « Soi » par le moyen de ce même « Soi » (sans aucun intermédiaire de quelque ordre que ce soit, sans l’usage d’aucun instrument tel qu’une faculté de connaissance, qui ne peut atteindre qu’un état du « Soi », et non Paramâtmâ, le « Soi » suprême et absolu) » (5).

 

En ce qui concerne les effets qui sont obtenus au moyen de la méditation (upâsanâ) du monosyllabe Om, dans chacune de ses trois mâtrâs d’abord, et ensuite en soi-même, indépendamment de ces mâtrâs, nous ajouterons seulement que ces effets correspondent à la réalisation de différents degrés spirituels, qui peuvent être caractérisés de la façon suivante : le premier est le plein développement de l’individualité corporelle ; le second est l’extension intégrale de l’individualité humaine dans ses modalités extra-corporelles ; le troisième est l’obtention des états supra-individuels de l’être ; enfin, le quatrième est la réalisation de l’« Identité Suprême ».

 

(1) Ce sens a même ici, en raison de l’identification avec Hiranyagarbha, un rapport plus particulier avec l’« Œuf du Monde » et avec les lois cycliques.

(2) Pour comprendre le symbolisme qui vient d’être indiqué, il faut considérer que les sons de A et de U s’unissent en celui de O, et que celui-ci va se perdre en quelque sorte dans le son nasal final de M, sans cependant être détruit, mais en se prolongeant au contraire indéfiniment, tout en devenant indistinct et imperceptible. - D’autre part, les formes géométriques qui correspondent respectivement aux trois mâtrâs sont une ligne droite, une demi-circonférence (ou plutôt un élément de spirale) et un point : la première symbolise le déploiement complet de la manifestation ; la seconde, un état d’enveloppement relatif par rapport à ce déploiement, mais cependant encore développé ou manifesté ; la troisième, l’état informel et « sans dimensions » ou conditions limitatives spéciales, c’est-à-dire le non-manifesté. On remarquera aussi que le point est le principe primordial de toutes les figures géométriques, comme le non-manifesté l’est de tous les états de manifestation, et qu’il est, dans son ordre, l’unité vraie et indivisible, ce qui en fait un symbole naturel de l’Être pur.

(3) Il y aurait, si ce n’était hors de propos ici, des considérations linguistiques intéressantes à développer sur l’expression de l’Être connu comme « sujet ontologique » et « déterminant universel » ; nous dirons seulement que, en hébreu, le nom divin El s’y rapporte plus particulièrement. - Cet aspect de l’Être est désigné par la tradition hindoue comme Swayambhû, « Celui qui subsiste par Soi-même » ; dans la théologie chrétienne, c’est le Verbe Eternel envisagé comme le « lieu des possibles » ; le symbole extrême-oriental du Dragon s’y réfère également.

(4) C’est seulement dans cet état d’universalisation, et non dans l’état individuel, que l’on pourrait dire véritablement que « l’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont en tant qu’elles sont, et de celles qui ne sont pas en tant qu’elles ne sont pas », c’est-à-dire, métaphysiquement, du manifesté et du non-manifesté, bien que, en toute rigueur, on ne puisse parler d’une « mesure » du non-manifesté, si l’on entend par là la détermination par des conditions spéciales d’existence, comme celles qui définissent chaque état de manifestation. D’autre part, il va sans dire que le sophiste grec Protagoras, à qui l’on attribue la formule que nous venons de reproduire en en transposant le sens pour l’appliquer à l’« Homme Universel », a été certainement très loin de s’élever jusqu’à cette conception, de sorte que, l’appliquant à l’être humain individuel, il n’entendait exprimer par là que ce que les modernes appelleraient un « relativisme » radical, alors que, pour nous, il s’agit évidemment de tout autre chose, comme le comprendront sans peine ceux qui savent quels sont les rapports de l’« Homme Universel » avec le Verbe Divin (cf. notamment St Paul, Ière Epître aux Corinthiens, XV).

(5) Mândûkya Upanishad, shrutis 8 à 12. - Sur la méditation d’Om et ses effets dans des ordres divers, en rapport avec les trois mondes, on peut trouver d’autres indications dans la Prashna Upanishad, 5ème Prashna, shrutis 1 à 7. Cf. encore Chhândogya Upanishad, 1er Prapâthaka, 1er, 4ème et 5ème Khandas.

 

(René Guénon, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, Chap. XVI : Représentation symbolique d’Âtmâ et de ses conditions par le monosyllabe sacré Om).

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André Raeymaeker (Charpentier) 04/02/2013 11:37

Etant donné le caractère primordial très bien conservé de l'Hindouisme, ce symbolisme des sons y apparaît en quelque sorte "à découvert". Dans d'autres traditions, il a subi, au cours du Kali Yuga,
diverses déformations ou "occultations" qui le rendent difficile à reconnaître. Par exemple, la pythagorisme, tout aussi primordial, puisque d'origine "hyperboréenne" (polaire),l'a réadapté, et
notamment sous des formes plus visuelles que sonore, en conformité avec son langage propre, qui est la géométrie. (1)
Mais comme celle-ci est inséparable de l'arithmétique, laquelle fonde la gamme et les rythmes musicaux - aussi bien celui "des Sphères', dans l'ordre macrocosmique que celui de l'incantation
humaine . Cette distinction apparaît clairement dans la figure de l'Apollon delphique, qui est à la fois géomètre et musicien, cette dernière fonction se rapportant à l'orphisme, qui n'est
d'ailleurs qu'un autre nom du pythagorisme.
Pour en revenir au côté symbolique des lettres, il faut dire que l'alphabet
grec phonétique, ( inspiré du phénicien), tel qu'on nous l'a appris, a été déformé, tant en ce qui concerne la valeur numérique des lettres que leur place dans l'alphabet. Donnons-en ici un seul
exemple On sait que vers le VIème siècle avant notre ère, certaines lettres particulièrement sacrées ont été retirées de l'alphabet hébreu. Or, juste à la même époque, les lettres correspondantes
"disparaissaient" de l'alphabet grec, à savoir les deux semi-voyelles Yod er Digamma et l'aspirée (remplacée par "l'esprit rude"), lettres qui constituent le Tétragramme hébraïque YHWH, lui même
issu de la racine HYH désignant l'Etre tel qu'il s'est nommé au Sinaï.
Prenons le cas d'une de ces lettres disparues : le digamma, qui a la forme de notre F. (son nom vient de ce qu'il "redouble" la barre horizontale du Gamma : Γ ). Cette disparition a entraîné une
restructuration de tout l'alphabet, où le digamma occupait la sixième place.Aytre exemple, le Tod a perdu la dixième place qui est normalement la sienne Place qui s'est maintenue non seulement dans
l'alphabet arabe, sous la forme du Waw,
(qui est notre conjonction "et",)mais encore dans l'alphabet romain et ses dérivés modernes.
Cette lettre, en tant que "lettre conjonctive", a donc exactement la même fonction que le U de AUM.
N.B. Sur les lettres conjonctives, voir "L'Esotérisme de Dante" de Guénon,. Pour d'autres détails sur cette question fort embrouillée * , voir
"Le "E" de Delphes", sur notre site.On y trouvera aussi sous peu une étude sur la Mandorle en tant qu' "Oeuf du monde".
Amitiés à tous.
A. Charpentier

* Même les places du Gamma et du Delta ont été permutées. Le Gamma, une équerre correspondant donc au carré et au nombre quatre, est en effet passé à la troisième place, alors que le Delta, un
triangle, occupe maintenant la quatrième, ce qui répons aussi à une notion d'hiérogamie…
( voir "La Grande Triade" )