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Publié par Abdoullatif

Autre histoire de tout aussi bon goût : M. Pierre Mariel, l’intime ami de « feu Mariani », a fait paraître récemment dans Le Temps une sorte de roman-feuilleton auquel il a donné un titre beaucoup trop beau pour ce dont il s’agit : L’esprit souffle où il veut, et dont le but principal semble être d’exciter certaines haines occidentales ; nous ne le féliciterons pas de se prêter à cette jolie besogne… Nous n’aurions pas parlé de cette chose méprisable s’il n’avait pas profité de l’occasion pour se permettre à notre égard une insolence toute gratuite, qui nous oblige à lui répondre ceci :

 

1° nous n’avons pas à lui dire ce que nous avons pu « franchir » ou non, d’autant plus qu’il n’y comprendrait certainement rien, mais nous pouvons l’assurer que nous ne faisons nulle part figure de « postulant » ;

 

2° sans vouloir médire le moins du monde des Senoussis, il est permis de dire que ce n’est certes pas à eux que doivent s’adresser ceux qui veulent « recevoir des initiations supérieures » ;

 

3° ce qu’il appelle, avec un pléonasme assez comique, « les derniers degrés de l’échelle initiatique soufi » (sic), et même des degrés qui sont encore loin d’être les derniers, ne s’obtiennent point par les moyens extérieurs et « humains » qu’il paraît supposer, mais uniquement comme résultat d’un travail tout intérieur, et, dès lors que quelqu’un a été rattaché à la silsilah, il n’est plus au pouvoir de personne de l’empêcher d’accéder à tous les degrés s’il en est capable ;

 

4° enfin, s’il est une tradition où les questions de race et d’origine n’interviennent en aucune façon, c’est certainement l’Islam, qui, en fait, compte parmi ses adhérents des hommes appartenant aux races les plus diverses. Par ailleurs, on retrouve dans ce roman tous les clichés plus ou moins ineptes qui ont cours dans le public européen, y compris le « Croissant » et l’ « étendard vert du Prophète » ; mais quelle connaissance des choses de l’Islam pourrait-on bien attendre de quelqu’un qui, tout en prétendant évidemment se rattacher au Catholicisme, connaît assez mal celui-ci pour parler d’un « conclave » pour la nomination de nouveaux cardinaux ? C’est même sur cette « perle » (margaritas ante porcos..., soit dit sans irrévérence pour ses lecteurs) que se termine son histoire, comme s’il fallait voir là…la « marque du diable » !

 

(René Guénon, Compte rendu de livre, Voile d’Isis, 1933, p. 434 – 436).

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