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Publié par Abdoullatif

guenons 1932Prof. Léo Frobenius and Douglas C. Fox. Prehistoric Rock Pictures in Europe and Africa, from material in the archives of the Research Institute for the Morphology of Civilization, Frankfort-on-Main. (The Museum of Modern Art, New-York.)

— Dans ce volume publié à l’occasion d’une exposition, ce qui est pour nous plus particulièrement digne d’intérêt, à part les nombreuses reproductions dont il est illustré, c’est l’historique des difficultés que rencontra la reconnaissance des premières découvertes de peintures préhistoriques, que les « savants » nièrent obstinément pendant des années, parce que, à leurs yeux, il ne pouvait pas avoir existé de civilisation, ni par conséquent d’art, à des époques aussi lointaines; il y a là, un bel exemple de la force de certains préjugés ! La raison de ces négations, au fond, c’est que « la mentalité occidentale était pénétrée de la conviction que la culture de notre époque était la plus haute que l’homme ait jamais atteinte, que les cultures plus anciennes ne pouvaient en aucune façon être comparées à la grandeur de l’existence scientifique moderne, et surtout, que tout ce qui s’était développé avant le commencement de l’histoire ne pouvait être regardé que comme « primitif » et insignifiant en comparaison de la splendeur du XIXe siècle ». On ne saurait mieux dire; et, au surplus, nous ne croyons pas que cette mentalité ait beaucoup changé depuis lors, même si, dans certains cas particuliers comme celui dont il s’agit, elle a finalement été obligée de s’incliner devant des évidences par trop incontestables.

— Toute question d’appréciation « esthétique » à part, l’interprétation de ces peintures, appartenant à des civilisations sur lesquelles on n’a guère d’autres données, est naturellement fort difficile, voire même souvent tout à fait impossible, sauf dans les cas où une signification rituelle se laisse deviner plus ou moins complètement. Notons qu’une figure trouvée dans le Désert Lybique ressemble d’une façon tout à fait frappante à une représentation « typhonienne » de l’ancienne Égypte; mais, par une curieuse méprise, elle est donnée comme étant celle du « dieu à la tête de chacal », alors que, en réalité, celui-ci est Anubis et non pas Set; en fait, il s’agit, aussi nettement que possible, du « dieu à la tête d’âne », dont il est assez intéressant de constater ainsi la présence dès les temps préhistoriques.

 

(René Guénon, Compte rendu de livre, Etudes Traditionnelles, Octobre 1938)

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