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Publié par Abdoullatif

Ibn ‘Arabî - La grande ablution le Jour du Vendredi.

Selon nous, la grande ablution (accomplie) le Jour du Vendredi est obligatoire pour tous ceux qui sont pubères : elle est faite pour le Jour, mais l'excellence est de le faire aussi pour la Prière.

L'opinion commune est que la grande ablution le Jour du Vendredi est une sunna. Certains affirment, au contraire, qu'elle est obligatoire et c'est aussi notre avis; parmi eux, certains disent, comme nous, qu'elle est obligatoire pour le Jour, mais que l'excellence est de l'accomplir avant la Prière, en vue de la Prière ; d'autres prétendent que son accomplissement avant la Prière du Vendredi est obligatoire.

Interprétation ésotérique

La purification du cœur (1) est faite en vue de la « connaissance par Allâh » conférée par la Prière du Vendredi en tant qu'Il a – gloire à Sa transcendance ! – prescrit cette œuvre d'adoration selon cette forme spéciale. En effet, le Jour du Vendredi est une des guidances les plus significatives qu'Allâh a données à cette communauté traditionnelle particulière car ... ils étaient en désaccord à son sujet... Là où ceux-ci étaient en désaccord, Allâh a guidé ceux qui ont cru vers ce qui était venu du Vrai, avec Sa permission (Cor., 2, 213).

Allâh a élu en toute catégorie existenciée (jins) une espèce et en toute espèce un être particulier. Ce choix est une marque de la Providence divine à l'égard de l'être ainsi choisi ou à l'égard des autres par son intermédiaire. Allâh choisit parfois au sein d'une catégorie deux ou trois espèces ; au sein d'une espèce, deux ou trois êtres, ou davantage. Au sein de l'espèce humaine, Il a choisi les croyants ; parmi les croyants, Il a choisi les saints ; parmi les saints, les Prophètes ; parmi les prophètes, les envoyés (2). Il a établi l'excellence de certains envoyés par rapport à d'autres (3) et si l'Envoyé – qu'Allâh répande sur lui Sa Grâce et Sa Paix ! - n'avait pas énoncé une interdiction en disant : « N'établissez pas d'excellence entre les prophètes ! », je préciserais aussi quel est le plus excellent des envoyés. Allâh nous a cependant informé qu'Il avait, Lui, « établi l'excellence de certains envoyés par rapport à d'autres » (4).

Celui qui trouve un texte précis et confirmé, qu'il en tienne compte ; de même, s'il s'agit d'une connaissance intuitive qu'il a pu vérifier lui-même grâce à sa réalisation. Celui qui ne possède qu'une donnée traditionnelle unique, mais authentique, qu'il la mette en application si elle concerne les actes de ce bas-monde. Si, en revanche, elle se rapporte à la vie future, qu'il n'en fasse pas un dogme ; qu'il dise (simplement) : « Si cela provient réellement de l'Envoyé, ainsi qu'on nous le rapporte, j'y ajoute foi comme je crois à tout ce qui vient de l'Envoyé d'Allâh – sur lui la Grâce et la Paix ! - et aussi à tout ce qui vient (directement) d'Allâh, que j'en aie ou non la science. » En effet, il convient de fonder la conviction sur ce qui est absolument certain : si elle résulte d'une donnée transmise (naql), il faut que sa transmission soit sans défaut ; si, au contraire, elle est tirée de l'intellect ('aql), il faut qu'elle soit confirmée par une preuve rationnelle, du moins tant qu'elle n'est pas contredite par une donnée traditionnelle dont la transmission est sûre car, dans le cas où cette contradiction entraînerait une incompatibilité, c'est la donnée traditionnelle qui l'emporterait et entraînerait la conviction, tandis que la preuve rationnelle serait abandonnée.

La raison en est que la foi dans les choses communiquées dans le langage de la loi sacrée n'implique aucunement que ces choses elles-mêmes soient en conformité avec ce qu'affirme la foi. L'être doué d'intellect (al-'âqil) sait qu'Allâh exige de celui qui est soumis à l'astreinte qu'il croie qu'elle a été communiquée par le Prophète – sur lui la Grâce et la Paix! - et qu'il y croie même si cette donnée contredit une preuve rationnelle. Néanmoins, la science qu'il possède demeure comme telle. Il sait qu'Allâh, lorsqu'Il existencie cette donnée, ne veut de lui, ni qu'il abandonne sa science, ni que la foi conditionne ce qu'il sait : il doit croire uniquement en fonction de ce qu'Allâh veut obtenir de lui. Si Dieu lui fait savoir, en mode intuitif, la raison d'être de cette donnée qui contredit ce qu'il sait, il y croit de la façon que Dieu a prescrite et considère ce qui est visé spécialement par ce message traditionnel. Il nous est interdit de communiquer ceci au commun des hommes, à cause du trouble qui en résulterait. Remercions plutôt Allâh pour la faveur qu'Il nous a accordée ; ceci est une introduction utile dans la Voie métaphysique ! (5)

(1) Une variante du texte, adoptée dans l'édition O.Yahya, établit le lien entre la grande ablution et la purification du cœur en précisant que « la purification totale vise l'intérieur de l'homme, c'est-à-dire son cœur ».

(2) Cette hiérarchie est celle des quatre Arkân du Temple de la Tradition primordiale et universelle.

(3) Allusion à Cor., 2, 253.

(4) Ibid.

(5) Cette digression, amenée par la question des « préférences divines » qui relève de la mashî'a, c'est-à-dire de l'Essence principielle, n'a évidemment pas pour but de montrer le caractère arbitraire de la science révélée, mais bien de confirmer que cette dernière n'est pas de la même nature que la science rationnelle, et que sa sagesse ne peut être soumise au contrôle de l'intellect créé qui peut toutefois, lorsqu'il est illuminé par la foi, en vérifier la cohérence.

Parmi les mois, Allâh a élu le mois de Ramadan en l'appelant d'un nom qui Lui est propre – qu'Il soit Exalté ! En effet, Ramadân est un des Noms d'Allâh (6).

De même, Il a élu parmi les jours de la semaine le Jour d' « al-'arûba », qui n'est autre que le vendredi ; Il a fait connaître aux communautés traditionnelles qu'Il a élu un des sept jours de la semaine et qu'Il l'a exalté par rapport aux autres. Ceux qui cherchent à établir des degrés d'excellence entre ce jour et des jours comme Arafa ou Ashûra sont dans l'erreur, car l'excellence de ces derniers s'établit par rapport à l'ensemble des jours de l'année, non par rapport à ceux de la semaine. Le Jour d'Arafa et le Jour d'Ashûrâ peuvent coïncider avec le Jour du Vendredi, alors que ce dernier ne peut coïncider avec aucun autre et devenir, par exemple, un samedi ou un autre jour quelconque. L'excellence du Jour du Vendredi est inhérente à son essence même, alors que celles du Jour d'Arafa et d'Ashûrâ sont liées à des circonstances accidentelles qui déterminent l'excellence au sein de cette catégorie spéciale qui est celle des jours de la semaine. De manière analogue, l'excellence du mois de Ramadan concerne uniquement les mois lunaires, non les mois solaires, le mois solaire le plus excellent étant celui où le soleil est dans une constellation qui lui confère cette excellence. Le mois de Ramadân peut correspondre à chacun des mois de l'année solaire et conférer par sa présence une excellence particulière à ce mois ; néanmoins, cette présence est un facteur purement accidentel de sa propre course.

Le Jour du Vendredi ne tient son excellence ni du Jour d'Arafa ni d'un autre jour. Telle est la raison pour laquelle la grande ablution a été prescrite pour le Jour et non pour la Prière. Si, en outre, la grande ablution est faite aussi pour la Prière du Vendredi, il y a accord parmi nous pour dire que c'est là l'intention la plus excellente et la meilleure manière de mettre fin aux désaccords des savants.

Allâh a attiré l'attention des communautés traditionnelles antérieures sur l'excellence de ce jour, mais sans préciser de quel jour il s'agissait ; Il les a chargées de rechercher la science à ce sujet et elles se sont trouvées en désaccord. Les Chrétiens ont dit : « Le jour le plus excellent – mais Allâh est plus savant ! - est le dimanche parce que c'est le jour du soleil, c'est-à-dire le jour où Allâh a commencé « à créer les Cieux, la Terre et ce qui se trouve entre les deux » (7) ; s'Il a commencé la création en ce jour, c'est à cause de son excellence. » C'est pourquoi ils l'ont pris pour jour de fête en disant : « C'est le jour qu'Allâh a voulu ». Pourtant, leur prophète ne leur a absolument rien dit à ce sujet ; bien plus, nous ne savons rien qui nous permettrait de dire si Allâh en avait, ou non, informé leur prophète car il n'existe sur ce point aucune donnée traditionnelle. De leur côté, les Juifs (Yahûd) ont dit : « Ce jour est plutôt le samedi. En effet, Allâh « a voulu achever son œuvre le Jour d'al-'arûba et s'est reposé le samedi. Il s'est étendu sur le dos et a déposé une de Ses Jambes sur l'autre en disant : Je suis le Roi » ». Devant de tels propos, Allâh le Très-Haut a révélé : « Ils n'ont pas donné à Allâh Sa véritable mesure » (8). Les Juifs prétendent que ce qu'ils disent a été révélé dans la Torah ; sur ce point, nous ne les déclarerons ni véridiques ni mensongers (9). Ils disent alors : « C'est le Jour du Samedi qu'Allâh a voulu désigner comme étant le plus excellent des jours de la semaine. » Les Juifs et les Chrétiens sont dont en désaccord. C'est alors que la communauté islamique est venue. Jibrîl a apporté à Muhammad – qu'Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix ! - le Jour du Vendredi « sous la forme d'un miroir parfaitement lisse sur lequel il y avait un point et il lui a dit : « Ceci est le Jour du Vendredi et ce point est l'Heure qu'il contient. Aucun serviteur soumis (muslim) ne fait ce que requiert (cette Heure) alors qu'il accomplit la prière rituelle sans qu'Allâh lui pardonne » ». La parole du Prophète – sur lui la Grâce et la Paix ! - selon laquelle « Allâh nous a guidés ainsi là où les Gens du Livre étaient en désaccord » se rapporte à cette annonce divine relative au miroir; il a mentionné Allâh comme étant la source (directe) de cette guidance.

(6) Cf. Ibn Arabî, Textes sur le Jeûne, l'Introduction.

(7) Cette expression revient dans le Coran à plusieurs reprises.

(8) Cf. Cor., 6, 91 ; 22, 74 ; 39, 67. On remarquera que cette expression coranique est appliquée ici à une donnée traditionnelle attribuée aux « Yahûd », c'est-à-dire aux « Juifs » au sens péjoratif que Michel Vâlsan a magistralement défini (cf. Études Traditionnelles, 1963, p. 90-94). Ce sens s'impose ici puisque le contexte tend précisément à montrer l'excellence de la communauté islamique. Au sein du tasawwuf, les significations du dimanche et, surtout, du samedi donnent lieu à des transpositions qui justifient l'excellence particulière propre à chacun de ces jours. Sur ce sujet, cf. Les sept Étendards du Califat, p. 167-168.

(9) Telle est, en effet, la règle traditionnelle applicable aux révélations qui ont précédé la révélation muhammadienne : elles ne peuvent être déclarées, ni véridiques en raison de l'abrogation de principe opérée par la loi sacrée de l'islâm, ni mensongères puisqu'il s'agit d'adaptations orthodoxes et régulières de la Vérité immuable.

La raison de l'excellence de ce jour est qu'il s'agit de celui où Allâh a créé la condition humaine en considération de laquelle Il a créé, du dimanche au jeudi, les autres créatures ; le temps correspondant est forcément le meilleur.

La création de l'homme s'est produite précisément au cours de l'Heure manifestée dans le miroir sous l'apparence d'un point. Le symbole utilisé indique qu'elle ne se déplace pas plus que le point ne se déplace dans le miroir. Il s'agit en effet, dans la Science d'Allâh, d'une heure bien précise (10).

Si nous considérons ce symbole dans le monde sensible, nous dirons nécessairement que l'Heure ne se déplace pas ; en revanche, si nous le considérons dans le monde imaginaire, c'est-à-dire que nous ne l'extériorisons pas dans le monde sensible, nous dirons que l'Heure se déplace à l'intérieur du Jour. En effet, l'imagination peut se déplacer à sa guise dans le domaine des formes car elle n'est pas bridée par les conditions limitatives du monde sensible. Il s'agit alors d'une signification principielle ayant revêtu une forme imaginaire analogue à la forme sensible correspondante. (Il est bien connu qu') une signification principielle peut « se transporter » au même moment dans les formes de vocables multiples appartenant à des langues parlées différentes : l'imagination opère ses similitudes de la même façon. A ce second point de vue, on peut dire que l'Heure se déplace à l'intérieur du Jour du Vendredi. Les deux choses sont également possibles, ce qui ne peut se comprendre qu'en vertu d'une science conférée par Allâh. L'Heure présente dans le Jour du Vendredi est semblable à ce qu'est la Nuit de la Valeur dans le cours de l'année (11).

Le Très-Haut a dit à propos de ce jour : Les Hommes formaient une communauté unique. Puis, Allâh a suscité les prophètes, annonciateurs de bonne nouvelle et avertisseurs ; Il a fait descendre avec eux le Livre au moyen du Vrai afin qu'ils exercent l'autorité parmi les hommes là où ils étaient en désaccord. Seuls étaient en désaccord ceux qui l'avaient reçu, alors que des preuves irréfutables leur étaient parvenues, à cause de leurs convoitises réciproques. Là où ceux-ci étaient en désaccord, Allâh a guidé ceux qui ont cru vers ce qui était venu du Vrai, avec Sa permission (Cor., 2, 213) (12).

Ce verset a été révélé à propos du désaccord au sujet de ce jour, et la grande ablution du Jour du Vendredi est liée à ce désaccord. La purification a pour but de conférer la certitude sur ce qu'Allâh dévoile au regard subtil, c'est-à-dire la Science de l'Heure présente en ce jour. L'identification de ce dernier était demeurée incertaine dans les communautés antérieures ; Allâh nous l'a fait connaître ensuite par la bouche de Son Envoyé. L'indétermination subsiste cependant au sujet de l'Heure qu'il renferme. Seul celui qui, si l'on considère qu'elle se déplace d'un vendredi à l'autre, la connaît chaque vendredi ou qui, si l'on considère au contraire qu'elle ne se déplace pas, en connaît le moment précis, accomplit la grande ablution véritable du Jour du Vendredi : il se purifie par là même de son ignorance au sujet de ce que ce jour renferme. Il importe donc d'accomplir (cette purification) « pour le Jour » puisque ce terme est général (et comprend nécessairement l'Heure).

(10) Cette heure serait la dernière du Jour du Vendredi. Un hadîth prophétique transmis par Fâtima précise même qu'il s'agit du moment où « le soleil couchant est à moitié descendu », indication qui comporte une signification eschatologique évidente. L'interdiction de la prière rituelle à ce moment amène certains auteurs à rappeler que, selon un autre hadîth, celui qui « attend » une prière obligatoire est considéré comme étant déjà en état de prière.

(11) Dans la mesure où l'on peut dire que cette Nuit correspond à un jour unique du mois de Ramadan alors que, dans l'ordre de réalisation initiatique, elle se « déplace » et peut survenir tous les jours de l'année.

(12) Selon un hadîth : « Nous sommes les derniers, (mais nous serons) les premiers le Jour de la Résurrection. Nous serons les premiers des hommes à entrer dans le Paradis du fait qu'ils ont reçu le Livre avant nous et que nous l'avons reçu après eux. Allâh nous « a guidés là où ils étaient en désaccord sur ce qui était venu de la part du Vrai, avec Sa permission ». En ce jour les hommes nous suivront : demain les Juifs et après-demain les Chrétiens ». La fin de ce hadîth contient une allusion évidente au Jour du Vendredi et identifie ce dernier au Jour de la Résurrection. L' « inversion » opérée par celui-ci fait apparaître « les derniers », c'est-à-dire la communauté muhammadienne, comme étant « les premiers » de telle sorte que le Jour du Vendredi devient lui-même le premier des jours.

[Ibn ‘Arabî, Extrait du chap.69 des Futûhât, trad. par Charles-André Gilis dans La Prière du Jour du Vendredi, AlBouraq, p.95-104].

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