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Publié par Abdoullatif

Agueli-painting-11.JPGÉPÎTRE INTITULÉE

LE CADEAU

SUR LA MANIFESTATION DU PROPHÈTE

PAR LE SHEIKH INITIÉ ET INSPIRÉ

MOHAMMED IBN FAZLALLAH EL-HINDI

 

Abdul-Hâdî

La Gnose - décembre 1910, N° 12

 

Ce texte est trop élémentaire et trop didactique pour donner des indications sur la personnalité de l’auteur. Je ne le connais d’ailleurs que par ce petit traité, inédit et peu connu même en Orient. Je n’ai pu en trouver qu’un seul manuscrit, assez médiocre. J’ai choisi cet ouvrage parmi des centaines d’autres du même genre, car il est un peu, par rapport à l’ésotérisme, ce qu’est « Ummul-barâhîn » ou le petit Senoussiyah pour la doctrine exotérique.

 

I

 

Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux.

 

Sachez, frères, — qu’Allah vous rende heureux !

 

— que le « Vrai Dieu », c’est l’Existence ; que l’Existence n’a pas de formes ni de limites ; que, malgré cela, Elle paraît dans le monde et se manifeste dans toute sa gloire sous des formes discernables. Or, Elle ne change pas. Elle n’a jamais cessé d’être sans forme et sans limites. « Il est tel qu’il était. » L’existence est unique, mais Ses modes de paraître sont divers et nombreux. Elle est la « réalité intime » - (et mystérieuse) de tous les êtres. « Allah est la lumière des Cieux et de la Terre. » - « Tout disparaît sauf sa face » - « Allah était et rien avec Lui. » (1)

 

Toutes les choses, jusqu’à l’atome, ne manquent pas de tenir de l’Existence, mais on ne doit pas L’envisager comme une effectuation ou un résultat, car ces deux conceptions sont des « idées secondaires », et elles se confondent dans le matériel. On ne doit pas désigner le réel tangible des choses du monde par l’Existence dans le sens sublime du mot. Dieu est, de beaucoup, au-dessus d’une pareille conception. Nous comprenons, par l’Existence, la réalité superlative qui existe par elle-même, par laquelle existent tous les êtres, et dont il ne peut exister qu’une seule dans le monde. (2)

 

Personne ne peut découvrir ce qu’est, au fond, l’Existence. Ni l’intelligence, ni l’imagination ou les sens ne peuvent La saisir, même par la comparaison ou l’analogie. Toutes les facultés intellectuelles ont été créées ; toutes les méthodes de penser sont des inventions humaines. Or, ce qui est sous l’empire du temps ne peut comprendre ce qui en est affranchi. Dieu, sa « quiddité » et ses « attributs » sont bien au-dessus du temporel. Quiconque cherche à connaître Dieu comme on s’informe des choses créées, celui-là perd ses instants.

 

L’Existence est organisée en plusieurs « séries » :

 

1° L’lnassignable, ou l’Absolu sans forme ni indication d’aucune sorte, et qui est en dehors d’une attribution quelconque. On ne doit pas se figurer que l’Existence, dans ce degré, soit définie d’une manière constante et essentielle du fait d’être absolue et exempte de toute attribution. Il faut comprendre que, dans ce « degré », Elle est affranchie de toute addition limitative en fait de caractéristique ou d’épithète ; qu’Elle est sanctifiée par l’émondation de tout lien intelligible ; qu’Elle est indéfinissable à un tel point que même sa qualité d’indéfinissable ne constitue pas une définition de Sa véritable nature. « L’Unité pure » est le nom de ce « degré ». Elle est la  « quintessence même » du « Vrai Dieu ». Il n’y a aucun « degré » au-dessus de celui-ci ; tous les autres lui sont inférieurs.

 

2° La première assignation est la conscience que Dieu possède de sa « quiddité », de ses « attributs » et de tous les êtres créés, cela d’une façon générale ou synthétique, sans qu’aucune chose soit réellement différenciée. Ce « degré » s’appelle « la Primauté » ou « la Vérité de Mohammed ».

 

3° La seconde assignation est la conscience que Dieu possède de sa « quiddité », de ses « attributs » et de tous les êtres créés, cela d’une façon détaillée et analytique, par l’établissement des différences entre les choses. Ce « degré s’appelle  « l’Identité » ou « la Vérité de l’homme » (3). Ces trois « degrés » sont éternels, sans commencement ni fin. Leur succession n’est point temporelle, mais mentale et spéculative. (4)

 

4° Les esprits, c’est-à-dire les créatures abstraites et simples, qui se manifestent en leurs essences premières.

 

5° Le monde des formes premières, c’est-à-dire les créatures composées mais subtiles qu’on ne pourrait fractionner, diviser, rompre ou fusionner (sans qu’elles cessent d’être ce qu’elles sont).

 

6° Le monde des corps, c’est-à-dire les choses grossières, qu’on peut fractionner ou diviser (sans qu’elles changent foncièrement de nature).

 

7° Le degré universel, qui englobe tous les autres « degrés », le corporel, les deux lumineux, « l’Identité » et « la Primauté ». Il est l’homme.

Le premier de ces sept « plans » est celui du « Non-Manifesté », tandis que les six autres comprennent toute la manifestation ou « l’expansion ». Lorsque l’homme dans le septième (et dernier) « degré » s’exalte vers le sublime, lorsque surgissent en lui les autres (cinq) « plans » en parfait épanouissement, il est « l’homme universel ». L’exaltation ainsi que l’ampleur ont atteint leur apogée en notre Prophète, —qu’Allah prie sur lui et le salue ! — Il scelle la chaîne de l’inspiration prophétique. (5)

 

(1) Lâ-Shay’ (=non-chose), rien, néant. Shay’ (=chose) dérive de Sha’a = vouloir. Il y en a qui disent : « El-lâ-Shay’ » = la non-chose, la nihilité), considérant ainsi le vide primordial comme une entité.

(2) Le superlatif est toujours unique. On ne saurait se figurer deux superlatifs. Le pluriel grammatical des superlatifs considère chacun d’eux comme étant unique en son genre.

(3) On dit aussi « la Vérité d’Adam ». Au point de vue ésotérique, Mohammed est avant Adam ; historiquement, il est après. La doctrine secrète du soufisme arabe n’est contraire ni à la Loi ni au bon sens.

(4) Voir Il Convito, Le Caire, juillet-août 1907, p. 97 : ...Quando si legge nei testi sacri che Iddio fosse primo tal cosa e poscia tal altra, non bisogna imaginarsi che Iddio fosse costretto nella prigione del tempo o della causalità, poi questo è una concezione grossolana ed ufficiale di Dio. Nella successione ed ordine delle cose messi cosi nella storia, bisogno vedere il lor grado di intimità con l’Assoluto, e il numero più o meno grande degli intermediari per mezzo di quali voi communicate con Dio.

(5) C’est-à-dire : il est la solution des antithèses humaines, dont voici quelques-unes :

exaltation-X-ampleur.JPG

 

Etc., etc.

 

II

 

Les noms des « degrés » divins ne doivent pas servir à désigner les « degrés » du monde ou de la création. De même, on ne doit pas employer les noms des « degrés » du monde pour désigner le divin.

 

L’Existence possède deux universalités : celle de la « quiddité » et celle des noms. Selon la première, Dieu se manifeste à Lui-même, par Lui-même, en Lui-même et pour Lui-même, sans aucune relation avec un phénomène quelconque ou une entité autre que Lui-même. Cette universalité implique « la suffisance absolue », la « perséité ». Dieu contemple en Lui-même toutes les choses divines ou accidentelles, leurs lois, rapports et destinées. Sa spéculation cosmoramique est d’une perspective parfaite, car tout est enfermé dans les entrailles de Sa « quiddité », compris dans Son « unité harmonieuse », comme le palmier se trouve dans le noyau de la datte, ou (encore mieux) comme tous les nombres se trouvent dans le nombre « un ». Elle s’appelle « la suffisance absolue », car la méditation de Dieu, sa vision intérieure de tout l’Univers, aurait pu suffire (à son amour créateur) sans qu’Il ait eu besoin d’extérioriser le monde d’une façon détaillée (pour se connaître) (6). Il n’a pas été obligé de produire le Cosmos, puisque, tout se trouvant en Lui et relevant de Son « unité harmonieuse », Il peut voir toutes les choses en Lui-même par la méditation de Lui-même. La méditation est, sur ce plan, une vision tout intérieure et mystérieuse, purement « théorique » (si j’ose m’exprimer ainsi). Elle perçoit le détail dans l’ensemble, la pluralité dans l’unité, le palmier avec tous ses rameaux dans le simple noyau de la datte.

 

L’universalité des noms consiste en ce que Dieu se révèle à Lui-même par Lui-même et contemple Sa « quiddité » dans les « assignations » extérieures, c’est-à-dire dans le monde. Sa méditation synoptique embrasse toutes les substances (des différents mondes) d’un regard « opératif » qui vivifie tout, et rend à toutes les choses une vie individuelle et une nature concrète. On pourrait la comparer à la vision de l’ensemble dans le détail, de l’unité dans la pluralité, du noyau dans l’arbre. L’universalité des noms correspond à la création du monde matériel. Son caractère étant réalisateur et expansif (j’ai failli dire « pratique »), elle ne trouve sa notion plénière que par la manifestation détaillée, précise et concrète de l’Univers.

 

L’Existence ne doit pas être considérée comme un abaissement vers une chose créée, ou comme une incarnation dans elle, car une descente vers une chose, ainsi qu’une transélémentation avec elle, suppose logiquement deux Existences, dont l’une descende vers l’autre et s’identifie avec elle. Or l‘Existence est unique. La pluralité de Ses « attributs », constatée par le sentiment et le « goût intuitif » des initiés, comme le culte (symbolique, rituel ou charitable), l’obligation imposée par la Loi, la félicité, la douleur, etc., se rapportent tous aux  « assignations ». L’Existence est, en son premier « degré » d’Absolu, complètement affranchie de tout cela.

 

L’Existence comprend tous les êtres, de même que, par exemple, l’obligation comprend tous les obligés, ou que la chose qualifiée renferme tous ses attributs. Entre Elle et les êtres, il n’y a pas le rapport du contenant au contenu ou du tout aux parties. Dieu est beaucoup au-dessus d’une pareille supposition.

 

L’Existence, en tant que  pure abstraction (néanmoins hyper-réelle), circule dans les « quiddités » des êtres et constitue leur « substance intime », comme ces mêmes « quiddités », avant « l’expansion », constituaient Sa « substance intime ». Les attributs parfaits, universels et absolus de l’Existence circulent dans les attributs des êtres et constituent la « Substance intime » de ces mêmes attributs, comme les attributs des êtres, avant « l’expansion », résidaient dans les attributs parfaits et universels de l’Existence et constituaient la « substance intime »de ces mêmes attributs.

 

Le monde et tout ce qui en dépend sont autant d’accidents éphémères, tandis que l’Existence est toujours devant les yeux du penseur.

 

Le monde a trois « faces évolutives » :

 

1° La première assignation ; le monde y porte le nom de « volonté primitive »

2° La seconde assignation ; le monde y porte le nom de « substances fixes » ;

3° L’assignation dans l’extérieur ; le monde y est nommé « les substances extérieures ».

Les « substances fixes » sont ce qu’on appelle « le parfum de l’Existence ». Le monde sensible indique leurs lois et leurs effectualités.

 

Ce qu’on saisit d’abord d’une chose, c’est l’Existence. C’est d’après Elle que l’on comprend la chose elle-même. Elle est par rapport aux choses ce qu‘est la lumière par rapport aux couleurs et aux formes. Mais, comme « l’expansion » est continuelle et violente, la compréhension des êtres d’après l’Existence est l’apanage exclusif de l’élite.

 

(6) Voici une tradition qui formule toute la cosmogonie : « Dieu dit : J’étais un trésor caché ; — J’aimais à connaître, — et Je créai le monde. » Que cette tradition soit authentique ou non, peu importe, car la synthèse est belle. « Le trésor caché » se rapporte à «  l’Inassignable ». La création, « l’expansion » ou « l’assignation » est la découverte de ce trésor. Le lien entre « l’Assigné » et « l’Inassigné » se trouve dans la seconde partie. Le mot arabe qui indique l’élément connaissance peut se lire de différentes façons, toutes exactes d’ailleurs. Les différentes lectures-interprétations se rapportent aux différents degrés des assignations. Dieu créa finalement « autre que Lui », selon l’exotérisme, afin d’être connu par un autre que Lui-même, c’est-à-dire extérieurement.

 

III

 

On s’approche de Dieu par deux sortes d’œuvres surérogatoires et obligatoires. Les premières consistent dans l’effacement (graduel) des attributs « égoïstes et séparatistes » de l’homme, afin que paraissent en lui les « attributs » divins. Alors, il vit, meurt, entend et voit par tout son organisme, et non plus exclusivement par les oreilles et les yeux. Il possède l’audition lointaine, la seconde vue, etc. C’est ainsi qu’il faut comprendre « l’extinction » des attributs de l’homme dans les « attributs » de Dieu. Elle est le fruit des œuvres surérogatoires.

 

L’approche de Dieu par les œuvres obligatoires, c’est-à-dire celles qui sont prescrites dans la Loi, consiste en ce que l’homme pousse le désintéressement vis-à-vis de toutes les choses, y compris sa propre personne, jusqu’à l’indifférence d’un mort, de façon à ne considérer en tout que le « Vrai Dieu » (7). Telle est « l’extinction » de l’homme (lui-même, sa « quiddité ») en Dieu. Elle est le fruit des œuvres de la Loi.

 

(7) Ce renoncement de soi-même s’appelle parfois « Fanâ-ed-dhât », c’est-à-dire « l’extinction de la quiddité de l’homme dans la quiddité de Dieu ». Elle est plus complète que la première : « Fanâ-es-Sifât », c’est-à-dire « l’extinction des attributs de l’homme dans les attributs de Dieu ». Il peut sembler bizarre que l’obéissanœ aux lois puisse produire un résultat aussi brillant, mais on ne doit pas oublier que la loi à laquelle on obéit n’est pas celle des hommes, mais celle de Dieu, la «  Shariyah. » Encore s’agit-il surtout de se conformer à son sens ésotérique, qui est une magnifique doctrine d’universalité et de hiératisme. Son sens exotérique ne vise que les droits des hommes et des animaux, mais le sens ésotérique embrasse tout l’Univers. Son explication du Microcosme est un chef-d’œuvre de la pensée humaine. « Shariyah » signifie littéralement « une grande route nationale ». Son objet est l’équilibre de tous les droits et devoirs des créatures, ainsi que la part légitime, dans la grande communauté de la vie, de tous les égoïsmes particuliers, sociaux, familiaux et naturels. Le respect des droits d’autrui, personnes, bêtes ou choses, non par crainte des hommes ou des diables, mais par amour de Dieu, de l’harmonie universelle, et la responsabilité cosmique constituent l’esprit même de « l’Identité suprême » ou de l’ésotérisme arabo-musulman.

Le droit sharaïte d’autrui s’appelle « le Droit de Dieu », et, en pratique, ce droit peut, casuellement, devenir Dieu lui-même, par un raccourci de langage qui stimule les tièdes. — Cette croyance ne conduit pas précisément à l’ascétisme, mais à une sorte d’objectivité en vertu de laquelle on se considère au point de vue extérieur, comme un simple cas social et vital. Or, il peut arriver que l’on devienne soi-même « le Droit de Dieu » (Haqq Allah), auquel cas l’égoïsme, limité, soit, mais extérieur, prend la forme d’une obligation religieuse. Ceci explique pourquoi celui qui meurt en défendant ses droits personnels, humains ou sociaux, est considéré comme martyr, c’est-à-dire mort pour la cause de Dieu.

Comme le « Droit de Dieu », dont participent toutes les unités de l’Univers, peut, avec certaines restrictions, passer pour le « Vrai Dieu », c’est-à-dire pour Lui-même, on comprend pourquoi l’auteur n’a pas voulu que «  l’Inassignable » fût limité d’une façon absolue et essentielle par la qualité d’abstrait.

Voir Il Convito, n° 3 et 4, p. 101, dans la série de mes articles intitulée « El-Akbariyah » : ... Se un musulmano uomo dabbene dice : « Ogni cosa è Dio », non bisogna prenderlo alla lettera lettera, ma esaminare se per caso, ei riguarda la parole « Allah » come un puro tetragrammo, o se nella sua espressione v’è un ’elissi e se la frase non sia incompleta : —se v’è un ’elissi, la frase completa è : « Ogni cosa è diritto di Dio »...

 

IV

 

Il y a plusieurs espèces en « l’identité suprême », c’est-à-dire en l’unité de l‘Existence. Les uns savent théoriquement que Dieu est dans la nature. D’autres en ont la vision d’après leurs cœurs, dans leurs états d’exaltation émotive. Ceux-ci sont supérieurs à ceux-là, c’est-à-dire qu’ils sont plus près des origines. D’autres encore voient Dieu dans la nature et la nature en Dieu, sans que la vision de l’un éclipse la vision de l’autre. Ceux-ci sont encore plus élevés, encore plus primitifs que les deux autres groupes ; leur place est celle des prophètes et des « pivots spirituels », ainsi que celle des disciples des uns et des autres. Il est impossible que celui qui n’accomplit pas la Loi et la Voie puisse atteindre le second de ces degrés, et encore moins le troisième, qui est le plus élevé.

 

V

 

Les êtres, par rapport à l‘Existence, constituent la « substance intime » du « Vrai Dieu », mais ils diffèrent de Lui par rapport à l’assignation. La différence entre Dieu et la nature, au point de vue relatif, existe ; mais, au point de vue absolu, l’ensemble de tous les êtres est le « Vrai Dieu ». Regardons par exemple une goutte d’eau, une vague et de la neige. Au fond, ces trois choses ne sont que de l’eau, mais, quand on veut spécifier, elles en diffèrent. Autre exemple : le mirage qui, n’étant en somme que du vide, paraît être de l’eau.

 

Les preuves qorâniques (et prophétiques) en faveur de « l’identité suprême » sont nombreuses. Citons parmi les premières : « Dieu possède l’Orient et l’Occident. Partout où vous vous tournez, vous êtes en face de Lui ». - « Nous (Dieu) sommes plus près de lui (l’homme) que la veine jugulaire (dans son corps). — « Nous (le Prophète) sommes plus près de Lui que vous, mais vous ne le voyez pas. » — « Ceux qui font un pacte avec toi le font avec Dieu. Sa main est au-dessus de la leur. » — « Il est le premier et le dernier, l’apparent et l’occulte ; Il connaît toutes les choses. » — « ... et dans vous-mêmes ; vous ne voyez donc pas  » — « Lorsque Mes adorateurs t’interrogent sur Moi, dis-leur que Je suis tout près. » — « Lorsque tu lances (le projectile), ce n’est pas toi qui lances, mais Dieu. » — « Dieu environne toutes les choses. »

 

Sont tirées de la tradition prophétique les paroles suivantes : « La maxime la plus véridique des anciens Arabes est le mot de Labîd : N’est-il point vrai que tout est vain hormis Allah ? » — « On parle avec son Seigneur quand on prie, car le Seigneur de chacun de vous est entre lui et la qiblah. » — « Dieu a dit : Mon adorateur ne cesse de s’approcher de Moi par des œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime ; et lorsque Je l’aime, Je deviens l’oreille avec laquelle il entend, l’œil avec lequel il voit, la main avec laquelle il saisit, et le pied avec lequel il marche. » — « Dieu a dit : Homme ! J’étais malade, et tu ne Me visitas point. J’avais faim, et tu ne me donnas pas à manger. » —Tirmidhi rapporte une tradition de la classe des Tharvîlah : « Par Celui dans les mains duquel est la vie de Mohammed, si vous descendiez une corde jusqu’à la terre inférieure, vous trouveriez Dieu. » Le grand traditionaliste ajoute : « Il est le premier et le dernier, l’apparent et l’occulte ; Il connaît toutes les choses. » — Cela suffit (à notre thèse) en fait de traditions authentiques du Prophète de Dieu.

 

Les maximes des initiés qui se rapportent à « l’identité suprême » sont tellement nombreuses qu’il est superflu d’en citer. Quiconque veut les connaître n’a qu’à ouvrir les livres classiques de la vie des saints ; il ne manquera pas de les trouver.

 

VI

 

Toi qui cherches la Vérité ! si tu veux arriver à Dieu, tu dois commencer par suivre le Prophète en paroles et en actes, selon la lettre et selon l’esprit. Ensuite, tu pratiqueras « l’égard » et « l’identité suprême. » Telle est la signification de « la bonne parole exonérée d’ablution rituelle », de préférence d’heure et d’autres formalités. Cependant, quand « la bonne parole » est accompagnée de la pureté canonique et symbolique, elle n’est que plus méritoire. Ne te préoccupe donc pas tant des conditions extérieures dans lesquelles tu commences ou tu finis « la méditation ». Ne t’arrête pas aux lettres de la formule, mais considère surtout ce qu’elle signifie en toutes les circonstances : « peu importe » que tu sois debout, assis, en promenade ou couché, en mouvement ou immobile, buvant ou mangeant, etc. « L’égard » se pratique par l’effacement de « la temporalité du moi », laquelle consiste à porter en son for intérieur un autre « intérêt » que « le vrai Dieu » ou « le Droit de Dieu ». La négation exprimée par les mots Lâ ilaha (= il n’y a pas de Dieu), c’est-à-dire par la première partie du credo, ne vise donc que « le moi temporel ». C ‘est ainsi qu‘on doit comprendre Lâ ilaha. Ensuite, on affirme « le Vrai Dieu » dans soi-même. Tel est le véritable sens de illallah (= si ce n’est Dieu), c’est-à-dire de la seconde partie de « la bonne parole ».

 

Si tu me demandes : « Puisque l‘Existence est unique, puisque en dehors d’Elle rien n’est, qu’est-ce donc que tu nies, et qu’est-ce que tu affirmes ? » je réponds : On nie la superstition de la « disparité » et de la « bi-existence », qui consiste à attribuer une existence absolue aux choses créées. Une telle croyance est superstitieuse et vaine ; on doit la rejeter pour pouvoir affirmer « le Vrai Dieu » dans l’intérieur de sa conscience.

 

Toi qui cherches la Vérité ! si, par la Grâce, l’émotion divine t’emporte, tu ne pourras plus repousser la superstition du « moi temporel », car tu n’es que le témoignage du « Vrai Dieu ».

 

Qu’Allah nous accorde un état d’âme aussi élevé, par la protection du Prophète, —que la prière et le salut soient sur lui !

 

Abdul-Hâdi.

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