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Publié par Abdoullatif

René Guénon CaireNous avons déjà parlé en plusieurs occasions du symbolisme de la « Cité divine » (Brahma-pura dans la tradition hindoue) (1) : on sait que ce qui est désigné proprement ainsi est le centre de l’être, représenté par le cœur qui lui correspond d’ailleurs effectivement dans l’organisme corporel, et que ce centre est la résidence de Purusha, identifié au Principe divin (Brahma) en tant que celui-ci est l’« ordonnateur interne » (antar-yâmî) qui régit tout l’ensemble des facultés de cet être par l’activité « non-agissante » qui est la conséquence immédiate de sa seule présence. Le nom de Purusha est interprété, pour cette raison, comme signifiant puri-shaya, c’est-à-dire celui qui réside ou repose (shaya) dans l’être comme dans une ville (pura) ; cette interprétation relève évidemment du Nirukta, mais A. K. Coomaraswamy a fait remarquer que, bien qu’il n’en soit pas ainsi dans la plupart des cas, elle pouvait aussi représenter en même temps une véritable dérivation étymologique (2), et ce point, à cause de tous les rapprochements auxquels il donne lieu, mérite que nous nous arrêtions un peu plus longuement.

 

Tout d’abord, il est à remarquer que le grec polis et le latin civitas, qui désignent la cité, correspondent respectivement, par leurs racines, aux deux éléments dont est formé le mot puru-sha, bien que, en raison de certains changements phonétiques d’une langue à l’autre, ceci puisse ne pas apparaître à première vue. En effet, la racine sanscrite pri ou pur devient dans les langues européennes ple ou pel (3), de sorte que pur et polis sont strictement équivalents ; cette racine exprime, au point de vue qualitatif, l’idée de plénitude (sanscrit puru et pûrna, grec pleos, latin plenus, anglais full), et, au point de vue quantitatif, celle de pluralité (grec polus, latin plus, allemand viel). Une cité n’existe évidemment que par le rassemblement d’une pluralité d’individus qui l’habitent et en constituent la « population » (le mot populus étant également de même origine), ce qui pourrait déjà justifier l’emploi, pour la désigner, de termes tels que ceux dont il s’agit ; mais ce n’est cependant là que l’aspect le plus extérieur, et ce qui est beaucoup plus important quand on veut aller au fond des choses, c’est la considération de l’idée de plénitude. A cet égard, on sait que le plein et le vide, envisagés comme corrélatifs, sont une des représentations symboliques traditionnelles du complémentarisme du principe actif et du principe passif ; dans le cas présent, on peut dire que Purusha remplit par sa présence la « Cité divine » avec toutes ses extensions ou ses dépendances, c’est-à-dire l’intégralité de l’être, qui sans cette présence ne serait qu’un « champ » (kshêtra) vide, ou, en d’autres termes, une pure potentialité dépourvue de toute existence actualisée. C’est Purusha qui, selon les textes upanishadiques, éclaire « ce tout » (sarvam idam) par son rayonnement, image de son activité « non-agissante » par laquelle est réalisée toute manifestation, suivant la « mesure » même qui est déterminée par l’étendue effective de ce rayonnement (5), de même que, dans le symbolisme apocalyptique de la tradition chrétienne, la « Jérusalem Céleste » est éclairée tout entière par la lumière de l’Agneau qui repose en son centre « comme immolé », donc dans un état de « non-agir (6) ». Nous pouvons encore ajouter, à ce propos, que l’immolation de l’Agneau « dès le commencement du monde » est en réalité la même chose que le sacrifice vêdique de Purusha se divisant en apparence, à l’origine de la manifestation, pour résider à la fois dans tous les êtres et dans tous les mondes (7), de sorte que, bien qu’étant toujours essentiellement un et contenant tout principiellement dans son unité même, il apparaît extérieurement comme multiple, ce qui correspond encore exactement aux deux idées de plénitude et de pluralité dont il a été question tout à l’heure ; et c’est aussi pourquoi il est dit qu’« il y a dans le monde deux Purushas, l’un destructible et l’autre indestructible : le premier est réparti entre tous les êtres ; le second est l’immuable (8) ».

 

1 — Voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III ; cf. aussi nos études sur Le grain de sénevé [ici ch. LXXIII] et L’Éther dans le cœur [ici ch. LXXIV].

2 — What is civilizalion ? (Albert Schweitzer Festschrift) ; nous empruntons à cette étude une partie des considérations qui suivent, notamment en ce qui concerne le point de vue linguistique.

4 — On sait que les lettres r et l sont phonétiquement très proches et se changent facilement d’une en l’autre.

5 — Voir Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. III.

6 — Nous rappellerons encore que la manifestation de la Shekinah ou « présence divine » est toujours représentée comme une lumière.

7 — Voir Rassembler ce qui est épars [ici ch. XLVI].

8 — Bhagavad-Gîtâ, XV, 16 ; d’après la suite de ce texte, Purushottama, qui est identique à Paramâtmâ, est au delà de ces deux aspects, car il est le Principe suprême, transcendant par rapport à toute manifestation : il n’est pas « dans le monde », mais ce sont au contraire tous les mondes qui sont en lui.

 

D’autre part, le latin civitas dérive d’une racine kei qui, dans les langues occidentales, équivaut à la racine sanscrit shî (d’où shaya) ; son sens premier est celui de repos (grec keisthai, être couché), dont celui de résidence, ou de demeure stable comme le sont celles d’une ville, n’est en somme qu’une conséquence directe. Purusha, reposant dans la « Cité divine », peut en être dit l’unique « citoyen » (civis) (9), puisque la multitude des habitants qui la « peuplent » n’existe véritablement que par lui, étant tout entière produite par sa propre lumière et animée par son propre souffle (prâna), rayons lumineux et souffle vital n’étant d’ailleurs ici, en fait, que deux aspects du sûtrâtmâ. Si l’on considère la « Cité divine » (ou le « Royaume de Dieu » qui est « en nous », suivant la parole évangélique), dans son acception la plus stricte, comme étant uniquement le centre même de l’être, il va de soi que c’est Purusha seul qui y réside en réalité ; mais l’extension de ce terme à l’être tout entier, avec toutes ses facultés et tous ses éléments constitutifs, est également légitime pour les raisons que nous venons d’expliquer, et elle ne change rien à cet égard, puisque tout cela dépend entièrement de Purusha et tient de lui jusqu’à son existence même. Les fonctions vitales et les facultés de l’être sont souvent comparées, dans leur rapport avec Purusha, aux sujets ou aux serviteurs d’un roi, et il y a parmi elles une hiérarchie similaire à celle des différentes castes dans la société humaine (10) ; le palais où réside le roi et d’où il dirige tout est le centre ou le cœur de la cité (11), sa partie essentielle dont tout le reste n’est en quelque sorte que prolongements ou « extensions » (sens qui est aussi contenu dans la racine kei) ; mais, bien entendu, les sujets ne sont jamais vis-à-vis du roi dans un état de dépendance absolue comme celui dont il s’agit, parce que, bien que la fonction royale soit unique dans la cité et que la situation du « gouvernant » soit essentiellement autre que celle des « gouvernés (12) », le roi lui-même est cependant un être humain comme ses sujets, et non un principe d’un autre ordre. Aussi une autre image plus exacte est-elle donnée par le jeu des marionnettes, puisque celles-ci ne sont animées que par la volonté d’un homme qui les fait mouvoir à son gré (et le fil au moyen duquel il les fait mouvoir est naturellement encore un symbole du sûtrâtmâ) et l’on trouve à cet égard un « mythe » particulièrement frappant dans le Kathâ-Sarit-Sâgara (13). Il y est question d’une cité entièrement peuplée d’automates en bois, qui se comportent en tout comme des êtres vivants, sauf qu’il leur manque la parole ; au centre est un palais où réside un homme qui est l’« unique conscience » (êkakam chêtanam) de la cité et la cause de tous les mouvements de ces automates qu’il a fabriqués lui-même ; et il y a lieu de remarquer que cet homme est dit être un charpentier, ce qui l’assimile à Vishwakarma, c’est-à-dire au Principe divin en tant qu’il construit et ordonne l’Univers (14).

 

9 — L’expression grecque équivalente monos politès a été appliquée à Dieu par Philon.

10 — Ce point de vue a été notamment développé par Platon dans sa République.

11 — A l’origine, ce palais était en même temps un temple ; ce double caractère se retrouve encore parfois aux époques « historiques », et nous rappellerons notamment ici l’exemple du Ming-Tang en Chine (voir La Grande Triade, ch. XVI).

12 — Dans leur relation, le « gouvernant » est « en acte » et les « gouvernés » sont « en puissance », suivant le langage aristotélicien et scolastique ; c’est pourquoi dans la conception traditionnelle, le roi et son royaume sont dans le rapport d’un principe actif et d’un principe passif ; mais, par contre, le roi, en tant qu’il exerce le pouvoir temporel, devient à son tour principe passif par rapport à l’autorité spirituelle (cf. A. K. Coomaraswamy, Spiritual Authority and Temporal Power in the Theory of Indian Governement).

13 — Voir A. K. Coomaraswamy, « Spiritual Paternity » and the « Puppet-Complex », dans Psychiatry, numéro d’août 1945.

14 — Voir Maçons et Charpentiers, dans É. T. de déc. 1946.

 

Cette dernière remarque nous amène à préciser que le symbolisme de la « Cité divine » est susceptible d’une application « macrocosmique » aussi bien que d’une application « microcosmique », bien que ce soit celle-ci que nous avons envisagée presque exclusivement dans tout ce qui précède ; on pourrait même parler de plusieurs applications « macrocosmiques » à des niveaux différents, suivant qu’il s’agit d’un monde particulier, c’est-à-dire d’un état déterminé d’existence (et c’est à ce cas que se rapporte proprement le symbolisme de la « Jérusalem Céleste » que nous avons rappelé plus haut), ou de tout l’ensemble de la manifestation universelle. Dans tous les cas, que l’on considère le centre d’un monde ou le centre de tous les mondes, il y a en ce centre un Principe divin (le Purusha résidant dans le soleil, qui est le Spiritus Mundi des traditions occidentales) qui joue, pour tout ce qui est manifesté dans le domaine correspondant, le même rôle d’« ordonnateur interne » que le Purusha qui réside dans le cœur de chaque être pour tout ce qui est inclus dans les possibilités de cet être. Il n’y a alors qu’à transposer sans autre modification, pour l’appliquer à la multitude des êtres manifestés, ce qui, dans l’application « microcosmique », est dit des différentes facultés d’un être en particulier ; le symbolisme du soleil comme « Cœur du Monde (15) » explique d’ailleurs pourquoi le sûtrâtmâ qui relie chaque être au Purusha central est alors représenté par le « rayon solaire » appelé sushumnâ (16). Les diverses représentations du sûtrâtmâ montrent aussi que la division apparente de Purusha, dans l’ordre « macrocosmique » aussi bien que dans l’ordre « microcosmique », ne doit pas être conçue comme une fragmentation qui serait en contradiction avec son unité essentielle, mais comme une « extension » comparable à celle des rayons à partir du centre ; et en même temps, comme le sûtrâtmâ est assimilé à un fil (sûtra) par sa désignation même, ce symbolisme est aussi en rapport étroit avec celui du tissage (17).

 

Il nous reste encore un point à indiquer brièvement : c’est que, pour être légitime et valable au point de vue traditionnel, c’est-à-dire en somme pour être vraiment « normale », la constitution et l’organisation de toute cité ou société humaine doit autant que possible prendre pour modèle la « Cité divine » ; nous disons autant que possible, car, dans les conditions actuelles de notre monde tout au moins, l’imitation de ce modèle (qui est proprement un « archétype ») sera forcément toujours imparfaite, comme le montre ce que nous avons dit plus haut au sujet de la comparaison de Purusha avec un roi ; mais, quoi qu’il en soit, c’est seulement dans la mesure où elle sera réalisée qu’on sera strictement en droit de parler de « civilisation ». C’est assez dire que tout ce qu’on appelle ainsi dans le monde moderne, et dont on prétend même faire « la civilisation » par excellence, ne saurait en être qu’une caricature, et même souvent tout le contraire sous bien des rapports ; non seulement une civilisation antitraditionnelle comme celle-là ne mérite pas ce nom en réalité, mais elle est même, en toute rigueur, l’antithèse de la véritable civilisation.

 

15 — Il est bien entendu qu’il ne s’agit pas de « ce soleil que voient tous les hommes », mais du soleil spirituel « que peu connaissent par l’intellect » (Atharva Vêda, X, 8, 14) et qui est représenté comme étant immuablement au zénith.

16 — Cf. L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. XX ; ce « rayon solaire » est aussi la même chose que la « corde d’or » dont parle Platon.

17 — Voir Le Symbolisme de la Croix, ch. XIV : nous rappellerons plus particulièrement ici le symbolisme de l’araignée au centre de sa toile, image du soleil dont les rayons, qui sont des émanations ou des « extensions » de lui-même (comme la toile de l’araignée est formée de sa propre substance), constituent en quelque sorte le « tissu » du monde, qu’ils actualisent à mesure qu’ils s’étendent dans toutes les directions à partir de leur source.

 

(René Guénon, La Cité divine, art. publié dans É. T. en sept. 1950, repris dans le recueil posthume Symboles fondamentaux de la science sacrée, chap. LXXV).

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Abdoullatif 05/03/2013 20:08

La vieille ville de Fès qui existe toujours était organisée autour du centre spirituel que constituait la maison du Saint-Roi Moulay Idrîs fondateur de la ville devenue zaouia depuis la mort de
celui-ci. Trois murailles concentriques ceinturent la vieille ville : celle au centre qui encercle le mausolée, une seconde qui protège la Médina et une troisième qui contient les cimetières et le
grand jardin. On retrouve la configuration symbolique décrite dans la Sourate La Lumière (Cor.24, 35-38) : la niche (mishkât), le récipient de cristal (zujâjah), et la lampe (misbâh). Ce verset de
la niche de lumière est poursuivi par celui des buyûtin adhina-Llâhu an turfa’ wa yudhkara fîhâ ismuhu, « des maisons qu’Allâh a permis que l’on élève, et où Son Nom est invoqué »…
René Guénon avait évoqué dans La Cité divine Purusha qui « remplit par sa présence la « Cité divine » » et qui, « éclaire « ce tout » (sarvam idam) par son rayonnement, image de son activité «
non-agissante » par laquelle est réalisée toute manifestation ». Il avait même indiqué que « c’est seulement dans la mesure où elle (la Cité divine) sera réalisée qu’on sera strictement en droit de
parler de « civilisation » » :

« Il nous reste encore un point à indiquer brièvement : c’est que, pour être légitime et valable au point de vue traditionnel, c’est-à-dire en somme pour être vraiment « normale », la constitution
et l’organisation de toute cité ou société humaine doit autant que possible prendre pour modèle la « Cité divine » ; nous disons autant que possible, car, dans les conditions actuelles de notre
monde tout au moins, l’imitation de ce modèle (qui est proprement un « archétype ») sera forcément toujours imparfaite, comme le montre ce que nous avons dit plus haut au sujet de la comparaison de
Purusha avec un roi ; mais, quoi qu’il en soit, c’est seulement dans la mesure où elle sera réalisée qu’on sera strictement en droit de parler de « civilisation ». C’est assez dire que tout ce
qu’on appelle ainsi dans le monde moderne, et dont on prétend même faire « la civilisation » par excellence, ne saurait en être qu’une caricature, et même souvent tout le contraire sous bien des
rapports ; non seulement une civilisation antitraditionnelle comme celle-là ne mérite pas ce nom en réalité, mais elle est même, en toute rigueur, l’antithèse de la véritable civilisation. »

André Charpentier 05/03/2013 16:03

LA CITE DIVINE

Ce que la Tradition chinoise appelle le "Vide" central, "qui seul permet à la roue de tourner", est évidemment in "Plein", puisqu'il "contient" implicitement, c'est-à-dire à l'état potentiel et
informel la manifestation tout entière.
En ce domaine, le paradoxe est partout, et avec lui, la perplexité… (1)
Commençons par un peu de linguistique.
Le double sens des symboles s'applique naturellement au langage, qui n'est qu'une forme particulière du symbolisme.
C'est ainsi que le radical PL désigne à la fois
la multiplicité ( Hoï polloï ) et sa Source unique qu'est le Pôle Divin sur le plan macrocosmique. Cette distinction étant dans l'ordre du microcosme humain celle du petit "moi" ( l'individu) et du
grand "Soi".( la Personne qu'est l' "Homme véritable", et plus encore l'"Homme Universel".
C'est ce Pôle qu'évoque le Palladium qui, sous une forme ou une autre, (2) se dresse au centre de toute Cité authentique.





Les Dieux qui siègent sur ce "Trône" central sont au sommet Apollon,qui représente l'Essence Divine ( Purusha : l'Etre-Un) et à la base Pallas-Isis, la "Déesse aux mille noms"
incarnant la multiforme Substance universel ( Prakriti)
Le nom d'Apollon, à côté d'autres étymologies connues (3), doit se traduire
par "L'Axe du Monde" ( gr. "polos" : pivot).
(4); l'Alpha initial, outre son rôle de "Mère des lettres" figure la Montagne polaire. (5)

Que le lecteur nous pardonne de ne pouvoir commenter point par point cette doctrine qui contient tout, comme la Corne d'abondance, autre image du Pôle.
Contentons-nous, sous peine d'épuisement, de renvoyer à notre site, dont la page d'accueil est suffisamment explicite à cet égard.
< clavisquadraturae1.com >


(1) Voir les "Koans" japonais et ce mot d'Héraclite d'Ephèse : "Vendez vos savoirs pour acheter de l'étonnement".
(2) Par exemple l'Omphalos de Delphes ouma "Pilara" de Saragosse, ce "Pilier de la Vierge", resté le Palladium de l'Espagne.
(3) Comme celles de "Belen" , Ablun et Avalon désignant le Soleil spirituel des Celtes, devenu l'Archange Michel.
(4) A côté de la forme "polus", le latin a aussi "cardo", d'où vient le français "charnière". Ce "cardo" est l'axe vertical et le"coeur' de toute cité romaine, y compris le camp, qui est une "ville
en marche".
Tout ceci est en relation avec les stations solsticiales et le symbolisme de Janus, à qui Ovide, dans ses Fastes fait dire : "Le droit de faire tourner l'Axe ( Ius vertendi cardinis) n'appartient
qu'à moi, ce qui est littéralement la fonction du Chakravarti hindou. "Chakra" correspond au latin vertebra, au sens subtil du terme.






(5) L'Atlas ( litt. "la montagne qui soutient tout"", du grec "tlaô" : supporter. C'est par son sommet enneigé qu'Hermès descend sur la terre ( Enéide IV, 245 et passim)voir le symbolisme de la
"couleur" blanche). L'initiale A, celle-là même d'Apollon, est la transformation propre au grec, et bien connue des linguistes, de l'étymon SM. Comparer le grec "Haplous" et le latin "simplex",
identiques dans le sens de "simple, unique", qui convent également au Pôle…
N.B. Le terme "complexe", de sens pourtant opposé, a lui aussi une étymologie identique, le latin "cum" ( en grec "syn") ayant un sens associatif.
(Cf. le sanscrit"sama",latin"simul",germanique "same ", et même le français "assimiler, "simuler, semblable,assembler".










P.S. 1) Voir en particulier, sur notre site, "La Quadrature", où l'on voit que le Saint Empire pythagoricien avait confié, à la fois à l'oeuvre de Virgile et
au "Mandala" qu'est le Panthéon Romain un "plan du monde" analogue à celui du Ming Tang chinois, mais entièrement "mathématisé".

Cette Quadrature du cercle, insoluble pour les calculs vulgaires, est très simple pour la Science sacrée, puisqu'elle conjoint en mode subtil les deux extrémités de notre cycle , le Paradis
Terrestre - un jardin rond - et la Jérusalem Céleste, carrée et construit de minéraux transmutées en joyaux par le passage du monde corporel à son archétype subtil.










2) Encore quelques détails sur le symbolisme de l'araignée :

LE LABYRINTHE ET LE MYTHE D'ARACHNE

Le labyrinthe est l’œuvre ambiguë de Pallas ( Minerve), qui est fille de Mètis, la Ruse Divine, qui, comme Minos, figure le Mental cosmique, dont le radical ME(N) ) exprime la mesure ( mensura
).
C’est ainsi que les détours du mental ont leur "traduction" dans l'ordre corporel sous la forme des circonvolutions cérébrales.

Mais ce n'est pas la seule "incarnation" de cette réalité psychique.
Pallas-Athèna, entre autres avatars, s'identifie à la, demi–sœur du Minotaure, cette Ariane dont le fil sauve du labyrinthe le héros Thésée.

Elle est donc aussi Arachnè (l'araignée), qu'une légende tardive, et donc anthropomorphe, présente comme sa concurrente malheureuse dans une épreuve de tissage.
Pallas, sous le nom d'Erganè (l'ouvrière), est en effet la patronne des initiations artisanales, notamment féminines, où le tissage joue un rôle éminent. *
Voilà pour la mythologie.

Mais le symbolisme trouve ses meilleurs modèles dans les réalités les plus modestes.
Il reconnaît donc que la simple épéire de nos jardins bâtit tous les jours, et de toutes pièces, un modèle cosmique difficile à surpasser.


* Remarquons, sans y insister, la proximité linguistique ( sinon la parenté directe ) des termes Erganè, Arachnè et Ariadnè , et revenons à l'araignée, la tisserande par excellence ( cf. les
broderies et les dentelles arachnéennes ).Tout ceci se rapporte au symbolisme du tissu cosmique, que rappelle aussi la légende de Pénélope. Le travail de sa journée se défaisait chaque nuit,
rappelant les alternances de la manifestation (les jours et les nuits de Brahma ).




Pour commencer, elle tire toute entière d'elle-même la toile qui constitue son microcosme , et lorsque cette toile a cessé de servir, elle la réabsorbe sans rien en laisser subsister. *
Première analogie avec la création de l'univers, dont on voit déjà qu'elle ne se fait pas ex nihilo…

Venons-en au mode de construction qui rappelle le rite des bâtisseurs traditionnels.
Celui-ci consiste à "suspendre" idéalement tout le temple - image du cosmois - à son origine transcendante, figurée par la "Grande Unité", qui siègee au "Faîte" polaire de l'univers.

L'araignée, elle aussi, choisit un point d'ancrage qui sera la clé de voûte de tout son petit monde.
Elle y accroche un fil au bout duquel elle se laisse tomber, puis qu'elle fait balancer entre deux points (image de l’alternance créatrice).
Ceux-ci, une fois réunis, seront la base horizontale (terrestre ) de sa toile.**
Le triangle fondamental ainsi défini servira de support à la toile proprement dite, qui ne diffère en rien du labyrinthe mythique.
Comme celui-ci, elle est un piège inextricable, sauf pour la propriétaire des lieux, qui seule s'y déplace à sa guise.








* Les naturalistes, en veine de poésie, précisent que cela permet à l'animal d'économiser les protéines
** Cette alternance nous rappelle le rituel d’instauration, où le trajat du soleil entre le soir et le matin détermine la base terrestre 66.










Tapie au centre, l'araignée rappelle le Minotaure ou la Gorgone *, en
tant qu’image de la la mort, cette sortie ordinaire du dédale existentiel.

Les fils de sa toile ** sont disposés de deux façons :

- Les uns rayonnent en ligne droite du centre de la toile à sa périphérie.
Ces fils droits sont doublement voués à la communication directe.
Ils sont les chemins par où l'araignée se porte instantanément en
n'importe quel point de son piège, sans s'y engluer elle-même.
En même temps, ils lui transmettent les vibrations engendrées par
les mouvements des captures.
- L'autre fil - il est unique - s'enroule en spirale du centre à la périphérie, sans aucune solution de continuité.
Cette double nature des fils traduit la loi universelle selon laquelle chaque créature est rattachée à son origine d'une double façon.

1) En tant qu'individu , chaque être est l'aboutissement d'une longue histoire et n'est arrivé là où il est qu'à travers une chaîne ininterrompue de cycles historiques.
C'est ce qu'on pourrait appeler sa relation génétique avec les origines.

Cette relation peut se définir à la fois comme participation et comme séparation, puisque, d'une part, l'être, en tant qu'effet, reste essentiellement contenu dans sa Cause, mais que, de l'autre,
sa "chute dans le temps" ne cesse de l'en éloigner, du moins en apparence. ***
-



* Cette même Gorgone figure au centre du bouclier de Pallas, son égide, autre modèle cosmique
** Ils sont produits par des filières dont chacune produit une soie de nature différente.
L'animal mélange à volonté ces diverses qualités de fil pour répondre aux exigences structurelles de son architecture !
*** A un autre point de vue, elle l'en rapproche dans la même mesure, puisque l'Alpha et L'Omega de la manifestation ne sont qu'un seul