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Publié par Abdoullatif

Hospitalite-marocaineExtraits des lettres 17

 

Si tu aimes ton Seigneur, ô faqîr, quitte ton moi et ton monde et les gens, à l'exception de celui dont l'état t'élève et qui te démontre Dieu par ses paroles. Mais gare à toi, gare à toi que tu ne te laisses pas tromper par quelqu'un, car combien y a-t-il qui paraissent prêcher pour Dieu alors qu'ils ne prêchent que pour leurs désirs. Le célèbre saint Seyidî Abû-sh-Shitâ (que Dieu nous fasse bénéficier par lui) dit à ce propos: "Par Dieu, nous n'appelons 'mon seigneur' ou 'fils de mon seigneur' que celui qui tranche nos liens."

Il ne t'est pas caché, ô faqîr, que ce qui enferme l'homme dans ce monde, qui est le monde de la corruption, et l'y retient prisonnier, n'est autre que l'illusion (al-wahm); si l'homme s'en défait, il passe dans le monde de la pureté, dont il était venu; et Dieu ramène tout étranger à sa patrie.

 

Extraits des lettres 18

 

Les choses sont cachées dans leurs contraires, certainement, le gain dans la perte et le don dans le refus, l'honneur dans l'humiliation, la richesse dans l'indigence, la force dans la faiblesse, l'ampleur dans l'étroitesse, l'élévation dans l'abaissement, la vie dans la mort, la victoire dans la défaite, la puissance dans l'impuissance et ainsi de suite. Donc, si quelqu'un veut trouver, qu'il se contente de perdre : s'il veut le don, qu'il se contente du refus; qui désire l'honneur doit accepter l'humiliation, et qui désire la richesse, doit se satisfaire de la pauvreté; que celui qui veut être fort se contente de la faiblesse et que celui qui veut l'ampleur se résigne à l'étroitesse; qui veut être élevé doit se laisser abaisser; qui désire la vie doit accepter la mort; qui veut vaincre doit se contenter de perdre, et qui désire la puissance doit se contenter de l'impuissance. En somme, que celui qui désire la liberté se réjouisse de la servitude, ainsi que s'en réjouissait son Prophète, ami et seigneur (que Dieu le bénisse et lui donne la paix); qu'il la choisisse comme la choisit le Prophète.., et qu'il ne soit ni orgueilleux, ni révolté contre sa condition, car le serviteur est serviteur et le Seigneur est Seigneur...

 

Extraits des lettres 19

 

L'homme fort est celui qui se réjouit de voir que le monde échappe de ses mains, le quitte et le fuit; qui se réjouit du fait que les gens le méprisent et disent du mal de lui, et qui se contente de sa connaissance de Dieu. Le vénérable maître, le saint Ibn 'Atâï-Llâh (que Dieu soit satisfait de lui) dit à ce propos dans ses Hikam : "Si le fait que les gens se détournent de toi ou qu'ils médisent de toi, te procure de la souffrance, reviens vers la connaissance de Dieu en toi; si cette connaissance ne te suffit pas, alors le manque de contentement par la connaissance de Dieu est une épreuve bien plus grave que n'est la médisance des gens. Le but de cette médisance, c'est que tu ne te reposes pas sur les gens; Dieu veut te ramener de toutes choses afin qu'aucune chose ne te distraie de Lui."

 

Extraits des lettres 20

 

Quant à ce professeur dont tu m'as parlé et qui ne trouve pas l'état de présence dis lui qu'il ne regarde ni vers le passé ni vers l'avenir, qu'il soit le "fils de l'instant", et qu'il prenne la mort pour cible de ses yeux; alors il le trouvera, si Dieu le veut. La conscience de la Présence divine (hadhar).

 

Extraits des lettres 21

 

Nous avons dit à l'un de nos frères: que celui qui désire être dans un état de perpétuelle concentration retienne sa langue. Et nous vous recommandons: Si vous êtes dans un état de perplexité (hayrah) ne vous hâtez pas à vous accrocher à quelque chose, ni en écrivant ni par aucune autre chose, pour que vous ne fermiez pas la porte de la nécessité de votre propre main, car cet état assume pour vous le rôle du Nom suprême (1); mais Dieu le sait mieux.

Ibn 'Atâï-Llâh dit dans ses Hikam: "Pour un aspirant, une soudaine détresse est la clé des dons spirituels"; il dit également: "Peut-être trouverez-vous dans la détresse un bienfait que vous n'avez pas su trouver dans le jeûne ni dans la prière"; de ce fait, si cet état vous visite, ne vous en défendez pas et ne vous affairez pas à chercher un remède, de peur que vous ne chassiez le bien qui vous visite librement, mais remettez votre volonté entièrement à votre Seigneur, alors vous verrez des merveilles." Notre maître avait l'habitude de dire à celui qui était saisi de perplexité: "Détends ton esprit et apprends à nager!"

 

(1) Le Nom suprême de Dieu.

 

Extraits des lettres 22

 

La contemplation (shuhûd) est intuition, et l'intuition ne peut être fixée que par le sensible, et ne dure que par la conversation spirituelle (mudhdkarah), la visite des saints et la rupture des habitudes. Dès qu'il y a stagnation, la contemplation cesse inévitablement. N'arrêtez donc pas vos mouvements, j'entends les actions par lesquelles s'intensifie la contemplation. Notre maître (que Dieu soit satisfait de lui) me répétait toujours: "L'intuition est très subtile et fugitive; si l'homme n'est pas sur ses gardes, elle échappera de ses mains sans qu'il s'en aperçoive."

En d'autres termes, l'intuition ne peut être fixée que par le symbole, et ne peut être maintenue que par la fréquentation des hommes spirituels, l'influence émanant des saints vivants ou des tombeaux de saints, et le combat contre les habitudes passives de l'âme.

 

Extraits des lettres 23

 

L'âme (nafs) est une chose immense; elle est le cosmos entier, puisqu'elle en est la copie. Tout ce qui est en lui, se retrouve en elle, et tout ce qui est en elle, est également en lui. De ce fait, celui qui la domine, le domine certainement, de même que celui qui est dominé par elle, est certainement dominé par le cosmos entier.

 

Extraits des lettres 24

 

Occupez-vous de ce que votre Seigneur vous a ordonné, et non pas de vous-mêmes, au cas où quelqu'un vous témoigne de l'hostilité, qu'il soit un des vôtres ou non; car si vous ne vous défendez pas vous-mêmes, Dieu vous défendra et s'occupera de votre cause; mais si vous vous défendez vous mêmes et vous occupez de votre cause, Il vous la laissera gérer (exalté soit-Il) et vous serez impuissants, car c'est Dieu qui est "puissant sur toutes choses" (Coran).

Le maître vénérable, le saint Qâsim al-Khâçaçî (que Dieu soit satisfait de lui) a dit: "Ne t'occupe guère de celui qui te nuit, mais occupe-toi de Dieu. Il l'éloignera de toi, car c'est Lui qui l'incite contre toi pour qu'Il éprouve ta sincérité; mais beaucoup d'hommes se trompent en cette question." Si vous vous occupez de celui qui vous nuit, son action nuisible continuera en même temps que votre péché.

 

(Moulay al-‘Arabî ad-Darqâwî, Lettres d'un maître soufi le Sheikh al-‘Arabî ad-Darqâwî, traduites de l'Arabe par Titus Burckhardt).

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